DESAVEU par Luce Bénédicte GANGOUE…

Quand un régime s’enlace dans d’infâmes machinations, apportant l’opprobre à tout un peuple, il faut bien que ce dernier en arrive à le désavouer. Cela n’est que pure légitimité. Nous ne voulons plus compter sur des hommes qui se sont érigés au rang de seigneur tout puissant, jubilant dans leurs châteaux, au mépris de toute une population qu’ils affament.

Vous monsieur, au fait dites-nous ! Que nous ont apporté toutes ces années de règne ? Rien. Oh non ! Beaucoup. Vous nous avez apporté bien de choses, qui font de nous des êtres sans valeur, sans estime ; des mendiants en qui s’effacent toute fierté et dignité. Oui ! il nous semble que ce déshonneur dont nous faisons l’objet vous égaie farouchement, puisque vous vous plaisez dans la bêtise et le ridicule que vous vous amusez à légitimer, vos ministres et vous.  

Qu’en tirez-vous à agir ainsi, dites-nous ? les richesses, ne les avez-vous pas toutes dilapidées à votre profit et à celui des vôtres ? Mais par Dieu ! Quel égoïste êtes-vous pour faire preuve d’autant d’insouciance et d’inconscience face aux besoins de tout ce peuple qui se meurt ? N’éprouvez-vous aucune honte ? n’avez-vous aucun remords devant tous ces crimes odieux dont vous êtes l’instigateur ? Comment trouvez-vous la force, de vous tenir devant nous après tant d’atrocité, pour faire de vaines promesses que vous ne songez à tenir.

Vous vous tenez bien droit lorsqu’il s’agit de nous débiter des inepties qui reflètent bien votre manque de bon sens ! Nous n’avons que faire de vos verbiages qui n’ont pour seul but que de berner les esprits inconscients et de donner du crédit à votre pouvoir despotique. Et vous osez dire que vous parlez en notre nom ? Sacrilège ! Connaissez -vous seulement notre identité qu’il vous a plu de décimer depuis des années par votre mode de gouvernance inique ? Ou peut-être devenez-vous amnésique ? Ce qui serait encore plus grave devant ces fonctions que vous avez usurpées de manière fourbe et vile.

Vous avez la forte prétention de vous érigez en magistrat suprême de la nation, en maitre absolu, en chef éternel. Pathétique ! Avez-vous seulement la moindre idée de ce qui se passe dans les basfonds de ce pays que vous prétendez gouverner ? Non, n’est-ce pas ! Cela n’a aucunement d’importance pour vous. Vous nous tuez et osez nous parler de paix ? Préserver la paix ; paix chèrement acquise…De quelle paix s’agit-il ? la vôtre surement, puisqu’il n’y a que ce fauteuil qui vous donne l’estime de la petite personne que vous êtes. Ravalez-la, votre paix nous n’en voulons pas. La nôtre, vous nous en avez privés depuis bien des années et ce, avec cynisme. Arrêtez vos bavardages inutiles, vous n’avez aucune légitimité.

Insensé ! Des honneurs, des acclamations, il n’y a que cela qui vous importe. Tout pour vous n’est que jouissances et dépenses. Oui ! faites donc péter le champagne, pendant que le peuple meurt de faim ! d’ailleurs, un détournement des deniers publics ça se fête n’est-ce pas ? après tout, s’endetter et toujours s’endetter. Voler, falsifier, cacher, faites donc mousser vos verres pendant que les caisses de l’Etat se vident. Oui ! il faut bien danser lorsque la Constitution est trifouillée, violée, taillée… Il faut bien chanter lorsqu’un suffrage est truqué, volé. N’est-ce pas là toutes vos victoires ?

Avec autant de richesses dont regorge ce pays, comment avez-vous pu n’en faire qu’un champ de ruines ? Ruines économique, sociale, politique, et morale… devrions-nous pleurer sur notre sort ?  Non ! vous vous êtes assez nourrit de nos larmes. Aujourd’hui vous nous présentez aisément ce spectacle infâme et horrible, celui d’une république bananière où ne règnent que dictature et corruption ; honte à vous et à vos ministres ; ces horribles-hypocrites-simplets-prétentieux-lourdauds qui ne cessent de vous acclamez, en hypothéquant leur cervelle. Ces lâches ! qui vous remplissent d’éloges au mépris de leur propre dignité. Ces insensés qui n’approuvent que le régionalisme et le tribalisme comme maitres-mots de gouvernance, enfermant dans les tiroirs le mérite et l’honneur. Qu’avez-vous donc à faire de tout cela ? vous qui ne vous gênez plus de mettre à nu votre manque de discernement. Arrêtez-nous ce spectacle saugrenu. Ce que vous concevez comme gouvernance n’est d’ailleurs qu’une grande mascarade. Vous ne gouvernez pas ! Ne savez-vous pas « qu’une société qu’on ne gouverne pas se détruit » comme le disait l’illustre Cheick Anta Diop. Non vous ne le savez pas. Le déclin de l’éducation dont nous souffrons est le cadet de vos soucis.

Vous ministres ! avez-vous oublié que vous êtes censés être au service du peuple ? Au lieu de cela vous vous plaisez à aduler un dictateur cynique, et vous vous permettez de nous parler de confiance et d’espoir. Ridicule ! Comment pouvez-vous nous vendre un espoir illusoire au moment où vous en privez toute une jeunesse, au moment où vous arrachez sans état d’âme le sourire du visage de ces hommes et femmes qui ont travaillé et que vous traitez de larves. Où est donc l’espoir quand l’Education – cette arme de développement d’un peuple – tant clamé par Mandela – est mise en ruine ? Sachez que notre espoir aujourd’hui, où le soleil se lève, bien que péniblement sur cette jeunesse digne que vous désavouez, nous ne le mettons pas en vous. Nous ne vous reconnaissons pas.

Vous ressemblez bien à votre dictateur. Lui qui se met au-dessus de la loi, la piétine, fait asseoir députés, sénateurs, magistrats, lesquels au mépris du droit, n’ont pour seuls mérites que les adulations qu’ils lui rendent. Oui le droit est bien mort ! Ce conglomérat de bonimenteurs n’en a que faire de la justice, ni de l’Etat de droit qu’ils proclament dans leurs turpitudes. Oui vous l’avez enterré aisément. Vous ! les cupides, les véreux qui accompagnent sans mot dire les forfaits de cette dictature, au sommet de l’injustice, en couvrant des crimes crapuleux, des complots sinistres. Vous magistrats, ôtez donc vos toges, vous ne les méritez pas. Evidemment quand on baigne dans autant d’ignominies, la morale est semblable à une puce qui nous gratte. Puisqu’on ne peut s’en débarrasser, ni l’anéantir, on s’en prend sans vergogne à ceux qui osent encore sortir la tête de ce désordre et qui prônent des valeurs éthiques, morales et républicaines. Et quand on se sent agacer par eux, on les étouffe, les malmène, les écrase pour que demeure à jamais le règne du dictateur !

Monsieur, nous ne vous maudissons pas. La providence s’en chargera. Que croyez-vous que nous retiendrons de votre règne, quand les asticots se seront nourris de votre chair et l’herbe aura recouvert votre demeure ? Sur l’épitaphe de votre sépulcre, il sera inscrit : « ci-gît l’opprobre de tout un peuple. Dans cette demeure repose le plus avide, le plus briguant des chefs d’Etat que ce pays n’ait jamais connu. Du haut de son interminable règne, ce criminel véreux, ce voleur n’a su en aucun cas relever son peuple. Au contraire, il l’a plongé dans un abime si profond que ce dernier en a oublié son identité, c’était le plus infâme des hommes de son temps. Il n’avait rien de la prestance que l’on doit aux grands. Pour se faire appeler grand, il lui fallait bien arracher ses mots par l’intimidation et la violence, le culte de la personnalité était son unique satisfaction. Sa vie n’était que malhonnêteté, fourberie et arrogance. Il ne mérite ni notre admiration, ni notre compassion ».

Enfin, comprenez bien que ceci n’est que l’acte d’un désaveu de votre illégitime pouvoir.  

Luce Bénédicte GANGOUE

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